Roman noir et luttes sociales
- EAN 9782748906219
Derrière l'appellation de "néo-polar" se cache toute la dimension sociale de ce
mouvement : basé sur le quotidien, sur la question du « pourquoi on tue » plutôt
que du « comment on tue », les livres de ce mouvement ont déplacé le curseur :
l'engagement politique de leurs auteurs et autrices est indissociable de leurs
écritures. Pourquoi néo ? Parce qu'il s’agit de rompre avec les codes du roman
noir « classique » (structure d’enquête, personnage de détective, résolution
finale, stéréotypes, etc.), et de porter sur la société un regard critique
marqué par les idéologies d'extrême gauche. Nous sommes juste après Mai 68, et
le néo-polar va s'inscrire dans une tradition de réalisme critique : il s’agit
d’exposer, par la fiction criminelle, les parts d’ombre de la société, et sa
violence. En outre, digne héritier de son temps, ce mouvement brouille la limite
entre « populaire » et « légitime ». Mais alors, le néo-polar : un roman noir de
gauche ? Pour dépasser cette définition simpliste Sylvia Gueneau parler de «
politique du désespoir ». En effet, ses auteurs mettent un point d’honneur à se
distancier d’une gauche qui aurait trahi et dont ils ne manquent pas de faire
une critique acerbe. À ce titre, le néo-polar est bien une politique du
désespoir, et un poétique de l’échec. L'autrice de ne se cantonne pas à l'époque
: en prenant en compte les implications actuelles de son étude, elle la conclue
en comparant le néo-polar au polar français contemporain. Les auteurs du second
rejettent l'influence du premier et son gauchisme. Et s'ils continuent
d'exploiter les représentations de la violence et des corps, c'est surtout la
mise à distance de tout engagement politique qui caractérise les auteurs
contemporains.
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