L'économie de la mort
- EAN 9782358723183
Dans cet ouvrage, Françoise Vergès poursuit son étude de la manière dont la
colonisation, le capitalisme racial et l’impérialisme concourent à une économie
de la mort qui fabrique un monde inhabitable et irrespirable pour la majorité
des habitant·es non blanc·hes de la planète. Elle explore le déni structurel des
besoins vitaux élémentaires – uriner, déféquer, respirer, se reposer, se
nourrir, être protégé·e de la pluie, du froid, ou de la chaleur. En s’appuyant
sur des exemples concrets à travers le monde, elle montre que l’absence de
toilettes, de serviettes hygiéniques, d’intimité, mais aussi l’irrespirabilité
et l’inhabitabilité de quartiers et de régions entières, aggravées par les
guerres et le désastre climatique, sont le résultat de choix politiques et d’une
division historique racialisée entre ce qui est propre et ce qui ne l’est pas.
Les peuples soumis à la traite et à l’esclavage colonial furent ainsi décrits
comme « sales et malodorants » par des sociétés qui, au même moment, déclarent
l’universalité des droits, l’égalité et la liberté de tous. Très vite, les
premiers seront cependant assignés au nettoyage, au soin et à l’entretien du
monde qui se dit propre. Cette division a engendré le racisme environnemental et
autorisé la décharge massive de déchets toxiques du monde riche vers les pays
du Sud global ou vers les quartiers où vivent communautés racisées et pauvres au
Nord. Le déni croissant des besoins vitaux élémentaires, la destruction
d’environnements, l’extermination de peuples s’accompagnent d’une multiplication
d’enclaves luxueuses construites pour le plaisir et la satisfaction des
ultra-riches où la consommation débridée des ressources au profit d’un petit
nombre va de pair avec celle de services haut de gamme visant le bien-être et le
repos (massages, méditation, nature apaisante, nourriture qui soigne, gourous,
etc.). Le mode de vie impérialiste n’est possible qu’à la condition de priver
des communautés de leurs besoins vitaux élémentaires. Pour Françoise Vergès, la
politisation des besoins vitaux élémentaires est essentielle dans le processus
de décolonisation : elle requiert de les émanciper du biologique et du
physiologique, et de faire de leur banalité le terrain même des luttes
antiracistes.
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